L'affaire Klapahouk (retour au sommaire)
René Je ne rêve plus, je crois que cest normal à mon âge, je ne rêve plus depuis un moment, jai perdu la mémoire, je dors profondément, je me réveille en sursaut aussi bien à 6 heures du matin quà 4 heures. Non, pas de combat, je crois quà 58 ans, on a fait son temps, on sent les années peser, je trouve que cest normal de perdre la mémoire, à partir de 50 ans, on est différent, je lai senti, rien que pour marcher ou autre, je suis un peu résigné, fatigué de toujours léternel recommencement, depuis que je suis ici, je mennuie, tous les jours pareil. Jai eu une vie assez mouvementée, comment le dire, oh je ne sais pas.
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Le Dr Klapahouk tente, comme ses prédécesseurs de modifier le traitement, de supprimer Iunivers concentrationnaire, les vengeances des petits chefs que sont beaucoup de surveillants ou dinfirmiers. Je rencontre ici une solide résistance du conservatisme du personnel soignant. Celui-ci a toujours voulu évincer les médecins-chefs qui lui demandaient une évolution dans ses relations avec les malades. Je ne suis pas le premier médecin dans cette situation, ici ou ailleurs . Le directeur de lhôpital psychiatrique, M. Fischer, se refuse, quant à lui, à toute déclaration. Laffaire se passe au niveau beaucoup plus élevé . Ce nest pas la première fois que les médecins de lhôpital psychiatrique de Saint-Dizier ont à se plaindre des conditions qui leur sont faites. Le Dr Solier, dans un rapport sur lannée 1972 : dans le service A les médecins sont maintenus dans linfantilisation . Le Dr Lauff, du service C, dans ses rapports pour 1968 et 1971 : Les demandes, si eIles nétaient pas rejetées avec acrimonie, restaient sans réponse . La position de réclusion des médecins-chefs est fort appréciée. Le climat de méfiance et de discrédit où on les maintient correspondent en gros, à létat de ségrégation où sont les malades et dont ils constituent le garant . Dans le service C, quelques deux cents malades sont soignés par 75 infirmiers et surveillés par une dizaine de personnages. Un seul médecin, le Dr Klapahouk, est à la disposition de ces malades. Le personnel soignant est surchargé de travail, souvent à des tâches de réparation (fuites deau par exemple) qui ne sont pas de son ressort : le mécontentement actuel sexplique aussi un peu de ce fait. Mais, dans le fond, le conflit est celui-ci : doit-on considérer le malade mental comme un être humain à qui lon doit respect, ou comme un être curieux et dangereux, quon interne parce quil dérange, et quon traite comme du bétail concen-trationnaire ? Ce nouvel épisode de lunivers asilaire nest pas le premier de sa longue histoire, depuis que de jeunes médecins psychiatres de formation analyste occupent des postes dans les hôpitaux psychiatriques. Mais cet épisode peut avoir des suites, avec des révélations ahurissantes sur la condition qui est faite à ceux que nous avons condamnés à la folie.
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Dossier de presse Dans le Monde du 15-11-1973, Francis Cornu présente sous le titre Des infirmiers qui ne croient pas à la psychiatrie, une synthèse du conflit qui opposa le médecin-chef au personnel de son service. Nous ne reproduisons pas cet article et préférons restituer lintégralité des articles de presse locaux qui introduisent mieux, dans leur succession insistante, au vécu du conflit marqué par ses inquiétudes et ses non-dits.
Reprendre la lecture d'André Breton. |
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