Entretiens avec le personnel soignant. Jaqueline Collet. Florence Perchet. Denise Hanser. Alain Tamisier. Robert Camus. Blanche Janet. Antoine Bounader. Louisette Meier. Daniel Laage. Michel Mori. Sylvie Petit. Claude Lafarge.
Reprendre la lecture d'André Breton à Saint-Dizier. |
Louisette Meier Laccueil Tosquelles Louisette Meier : Nous sommes à laccueil Tosquelles qui se trouve au Clos Mortier. Cest un centre daccueil thérapeutique à temps partiel qui, à lorigine, a été créé comme un bistrot idéal. Il y a 6 ans environ quil a été ouvert à linitiative du docteur Mori. Le médecin souhaitait quil y ait un lieu chaleureux, convivial pour des patients qui sont souvent raillés dans les cafés de la ville. Ce sont les patients qui organisent en gros la journée. Ils sont acteurs du lieu. Il ny a pas de plages horaires instaurées. Laccueil est ouvert de 9 heures 30 à 17 heures 30 et les patients viennent comme ils veulent. Parfois, ils viennent manger. Ils amènent leur repas. Un lieu anti-institutionnel L.M : Au départ, jétais en unité. On a su que Tosquelles ouvrait et cela mintéressait de sortir de lhôpital et dinvestir un lieu autre. Jai amené des patients qui étaient hospitalisés pour passer un moment à Tosquelles le dimanche. Par la suite, jai été volontaire pour travailler ici. Je me suis dit qualler dans un autre lieu que lhôpital ne pouvait déboucher que sur des choses positives. Stéphane Gatti: Quest-ce que cela modifie dans vos rapports avec les gens dont vous vous occupez ? L.M : Cest un lieu anti-institutionnel. On nest pas dans lhôpital. Ce nest pas la pathologie qui est au premier plan. Cest le sujet en tant que sujet. Cest notre travail de chaque jour dessayer quil soit sujet, acteur et non pas dépendant de linstitution, aliéné par linstitution. Cest un travail journalier que dessayer de renarcissiser chacun, de découvrir les potentialités de chacun et de les faire ressortir. Linstitution psychiatrique L.M : Cest difficile dans linstitution parce quil y a des notes de service, des choses qui tombent comme ça. Si elles étaient appliquées à la lettre, on serait hors sens. Cest toujours le cloisonnement lhôpital. Chaque médecin à son secteur. Pour un psychotique qui est déjà morcellé, si lhôpital est morcellé, si les prises en charges sont morcellées... Il faut être au plus près de leur âme. Accueillir chacun de façon individuelle. Essayer dêtre au plus près de chacun en tant que sujet, pas en tant que pathologie. La pathologie nest pas au premier plan ici. Puis, faire en sorte que chacun soit acteur du lieu aussi. Cest important. Il y a des patients qui accueillent les personnes qui arrivent. Marnaval L.M : Je suis née à Marnaval dans la cité ouvrière. Cest vrai que cela forge un caractère quelque part. On a vécu des moments difficiles. Un petit salaire douvrier, de grandes grèves, aucune commodité dans la maison. A ce moment-là, les cités, cétaient déjà les pauvres de Marnaval. Les maisons neuves étaient en haut et cétaient déjà les riches de Marnaval. Cétaient des petits chefs, des gens comme ça. Il y avait déjà une séparation entre les pauvres et les riches à Marnaval. Il y avait une tradition importante de luttes ouvrières. Les grèves étaient dures. Je me rappelle avoir vu des voitures foncer sur les grévistes. Des choses comme cela qui marquent quand on est enfant. On avait le sentiment dappartenir à une classe. Cétait quelque chose. Son parcours L.M : Jétais dans le secrétariat. Jétais secrétaire administrative à la fédération du parti communiste à Saint-Dizier. Quand jai été licenciée, pour raisons économiques, pour trouver du travail derrière cela, cétait pas facile du tout. Quand jai tenté le concours délève infirmière, cétait la dernière année où on pouvait être salarié. Jai passé lécrit puisque javais arrêté avant le baccalauréat. Jai passé lécrit et je me suis dit que javais peut-être une chance. Cela nétait pas compliqué et puis à loral, alors là, cétait pas la même chose. On a tout de suite abordé le problème politique. Jai défendu mes idées. Je suis restée 40 minutes à lentretien alors que normalement 15 minutes suffisaient. Après, on a abordé les questions bateaux. En sortant de lentretien, je me suis dit : Sils sont honnêtes, cela devrait marcher, mais si... Et je suis rentrée à lhôpital. Evolution de linstitution L.M : Je pense quil y a une évolution et quil y a des gens qui bougent pour faire avancer les choses. Dans toutes les unités, il y a une rébellion à lordre établi, au fait que le patient, quand il entre à lhôpital, ce nest pas un objet. S.G : Quels changements importants vous semble-t-il quil y a eu entre 1980 et aujourdhui ? Est-ce quil y a eu des étapes particulières ou est-ce plutôt un lent changement intérieur ? L.M : Cest plutôt un lent changement intérieur, mais actuellement il y a un arrêt de ce changement. Jai limpression quil y a un poids plus important de linstitution comme un retour en arrière avec ce cloisonnement, ces grillages partout dans lhôpital. Les patients à Tosquelles L.M : Ils savent que je suis infirmière. Personne ne loublie, mais il y a quelque chose de convivial qui fait que les patients parlent plus librement. Il ny a pas le jugement, le poids de léquipe, de linstitution, des retombées. Le patient nous raconte les problèmes dautres patients qui ne viennent pas forcément ici. On nous téléphone pour nous dire que tout va bien. A Tosquelles, on sent quil y a de la vie : des choses se passent, les relations sont assez profondes. La difficulté de notre travail ici, cest justement de garder la distance thérapeutique, avoir toujours à lesprit quon est soignante. Dans le groupe qui vient à Tosquelles, il y a des liens qui se sont tissés. Les patients sinvitent chez eux à boire un café. Ils se rencontrent, ils discutent ensemble. Tosquelles existe en tant que lieu rassembleur. Il y a des difficultés aussi parce que chez un psychotique, lautre nexiste pas. Cest encore plus difficile quand lautre est maghrébin. On a eu des propos racistes. On a sans arrêt à revenir la-dessus. Le respect de lautre ici est primordial. Cest un lieu de libre parole dès linstant où lautre est respecté. Cest la seule règle à Tosquelles. Il y a une petite carte sur le tableau : Tous pas pareils et tous égaux. Cest du M.R.A.P. Cela résume tout à fait les patients. |
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