Entretiens avec le personnel soignant. Jaqueline Collet. Florence Perchet. Denise Hanser. Alain Tamisier. Robert Camus. Blanche Janet. Antoine Bounader. Louisette Meier. Daniel Laage. Michel Mori. Sylvie Petit. Claude Lafarge.
Reprendre la lecture d'André Breton à Saint-Dizier. |
Jacqueline Collet. Au départ, je n'ai pas du tout une formation liée à l'éducation puisque je suis secrétaire de formation et j'ai exercé pendant plusieurs années et j'ai décidé de me lancer dans ce travail pour voir comment ça se passait. A l'époque, j'habitais Saint-Dizier, et nous connaissions, mon mari et moi, quelques jeunes adultes qui travaillaient au CAT et qui venaient nous saluer. Fernand Deligny. Je suis allée rencontrer Fernand Deligny dans les Cévennes, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup impressionné, à la fois le personnage et le choix de vie assumé : vivre retiré du monde avec des enfants autistes, c'était pour lui le seul moyen, en leur offrant cette liberté de se mouvoir, sans aucune barrière, dans la nature, dessayer de les sortir de cet état de crise qui était le leur dans les institutions. Tracer sa voie. On est arrivé avec deux amies. Ils étaient à table à l'extérieur en train de préparer le repas et nous, on venait de la ville, d'un univers très remuant et en se rapprochant, on a senti un décalage dans nos perceptions du temps. On a eu comme un retour sur notre propre énervement, notre agitation et peu à peu, on s'est adapté à un autre temps, plus calme, avec d'autres enjeux, d'autres valeurs. Il nous a accueillis, nous a expliqué son parcours, comment il en était arrivé là, pourquoi il en était venu à penser qu'il ne pouvait faire quelque chose pour ces enfants-là qu'en dehors de l'institution. L'idée de tout le monde en allant lui rendre visite, c'était le désir de faire quelque chose du même ordre. Sa réponse a été de nous renvoyer à nous-mêmes en nous expliquant qu'il n'y avait pas de place pour nous, mais qu'il fallait, si on en avait le désir, faire quelque chose du même ordre, mais ailleurs. Les émigrés. J'ai eu une période militante : je me suis engagée sur des actions autour des émigrés. Cela a été un tremplin, un intermédiaire entre un travail, une vie normée et la tentative de découvrir autre chose et de s'engager dans quelque chose de plus profond, de plus important qu'un boulot. Formation. J'ai travaillé sur un groupe de jeunes en internat. Par la conjoncture, je me suis retrouvée à travailler avec des adultes handicapés. Deux ans après, j'ai fait une formation d'aide médico-psychologique. Ensuite, j'ai travaillé sur des groupes pendant cinq ans et puis, j'ai fait une formation d'éducateur spécialisé à Nancy. Bonne volonté. Il y a eu ce qui a fait l'objet de mon mémoire, le fait que malgré la bonne volonté des éducateurs et la mienne, de construire quelque chose qui tienne la route pour un adulte, on était pas assez costaud pour lutter contre des phénomènes institutionnels qui font que tout se délite. Mauvais fonctionnement de l'institution. Ce jeune en particulier, qui est un jeune psychotique qui a d'énormes problèmes à rester cohérent avec lui-même et les autres, à rester entier avec son intégrité sans être trop en souffrance, à un moment, il s'effondre parce que quelque chose n'a pas fonctionné dans l'institution. On n'a pas su être le garant de ce qui se passait pour lui dans sa relation avec quelqu'un d'autre. Quelques jours de vacances. Il y a eu une personne qui, parce que ce jeune homme n'avait pas de lieu de vacances, avait décidé de le prendre avec elle pendant quelques jours. L'institution n'a pas vu le danger que cela représentait par rapport à la fragilité de ce jeune homme. Ca a été la catastrophe pour ce jeune-là. Quand il est revenu de ce séjour, il est passé de quelqu'un qui certes avait des difficultés, mais qui arrivait à faire des efforts de socialisation, des efforts de production, et qui parvenait à sortir peu à peu du marasme où il était, il est vraiment retombé en l'espace de quelques jours, dans une défaite totale. J'ai vraiment vu, à travers ce jeune homme, ce qu'était que se décomposer, un état où il n'y a plus aucun désir de communication aucun désir de vie ; il en arrivé à un point où il ne parlait plus, les yeux hagards, il est devenu encompésique énurétique. Une catastrophe complète : on a essayé de comprendre dans l'équipe ce qui s'était passé, ça a été difficile parce que les gens se sentent mis en cause, attaqués, alors que ce n'était pas le but. Cet événement m'a fait prendre conscience qu'on pouvait former une équipe soudée, monter des projets et avoir l'impression que tout tourne bien et qu'on va réussir à faire en sorte que tel et tel jeune s'en sorte bien, mais que tout cela était une illusion. Chef de service. C'est cette histoire-là qui m'a décidé à passer du statut d'éducateur à un statut de chef de service.
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![]() Jaqueline Collet est chef de service à l'I.M.E. Elle fut pendant un an notre guide chez les enfants.
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