Entretiens avec le personnel soignant. Jaqueline Collet. Florence Perchet. Denise Hanser. Alain Tamisier. Robert Camus. Blanche Janet. Antoine Bounader. Louisette Meier. Daniel Laage. Michel Mori. Sylvie Petit. Claude Lafarge.
Reprendre la lecture d'André Breton à Saint-Dizier. |
Denise Hanser. Moi, j'ai commencé par travailler au bâtiment Ulysse pendant cinq ans, il y avait à l'époque la création de ce service d'accompagnement. C'était un projet qui m'intéressait, je venais de terminer ma formation, j'avais envie de mettre ça en route. Ca s'est fait et puis, j'y suis resté onze ans et j'ai eu envie de changer. L'usure. Il y a eu toute une époque où on mettait les choses en route, on accueillait des nouvelles personnes, on était toujours dans une dynamique mais au bout de quelques années, je me sentais un peu lasse de ce que je faisais, j'arrivais dans un appartement et je savais à peu près sur quoi allait s'enclencher la conversation. Ou alors je connaissais trop les personnes que j'avais connues dix ans avant, et je conservais mes a priori, ce qui m'empêchait de me rendre compte de leur progression. Donc, à un moment donné, il faut se dire qu'on arrête et qu'on passe le relais à d'autres personnes qui auront un autre regard et une autre écoute. Je pense qu'il faut avoir l'honnêteté d'avouer qu'on a assez donné et qu'il faut passer à d'autres choses, autant pour les usagers que pour soi. Infirmière : 8h 45. Ici, vous êtes dans l'infirmerie où je travaille 8h45 par semaine. C'est un laps de temps assez court, je suis là essentiellement le matin, notamment le mercredi matin où il y a la visite du médecin du travail, le médecin psychiatre est là aussi. C'est donc un temps d'échange pour nous ; mais mis à part les petites blessures, les bobos, les gens viennent ici sans avoir de réels problèmes médicaux, plutôt pour s'exprimer. Reconnaissance. J'ai à ce propos un exemple de quelqu'un qui est maintenant en CAT, qui a transité en IMPro. On lui a trouvé un travail en boîte de nuit et il a été licencié, on lui a retrouvé un travail (il faisait la plonge) à l'hôtel Gambetta. Pareil, il a été licencié et puis on a lu a trouvé un travail chez Cora et tout se passait très bien jusqu'à ce que le cuisinier, avec qui il travaillait, a perdu son fils. Son comportement change, il est moins à l'écoute, moins attentif à la personne handicapée, il ne va plus avoir envie de travailler pour faire plaisir, il n'est plus dans la relation affective et donc il va perdre son travail et revenir au CAT. Bien souvent, ils travaillent aussi pour une forme de reconnaissance et faire plaisir à l'éducateur. Se laisser utiliser. J'ai un poste d'infirmière du travail pour gérer les petits bobos, les accidents de travail, des petites choses courantes mais je me rends compte qu'on pousse la porte de l'infirmerie pour exprimer des choses bien différentes, pas forcément médicales ou qui m'utilisent pour faire passer des demandes au médecin psychiatre. C'est davantage un travail d'écoute que de soignante. La marche et l'écoute. La première chose est de laisser la porte ouverte pour que les gens puissent circuler. Il y a aussi toute l'installation, une chaise en face de moi. De l'autre côté, quand je suis aussi éducatrice, j'ai plusieurs groupes de marche et pendant le temps de marche, l'écoute fonctionne bien. On est plus en face-à-face, on est côte-à-côte et en marchant, les gens parlent de leurs soucis ou de ce qui va bien. La personne dit ce qu'elle a envie de dire et puis, elle va rejoindre la queue du groupe et une autre personne prend sa place. C'est assez formidable, je ne m'attendais pas à ça : le groupe de marche était pour moi plus une activité physique et en fait, j'ai découvert quelque chose d'autre. Le droit à la tranquilité. Je ne vais pas forcément vers les gens, je les laisse venir et parler et puis, on voit bien si la personne a envie de creuser ou pas, si elle souhaite parler comme ça, sans avoir besoin de questions ni même rechercher des conseils. Il y a beaucoup de personnes que je connais depuis longtemps, que j'ai rencontrées à un titre ou un autre, et qui viennent me voir au CAT, c'est le moment d'exprimer d'autres choses ; je ne sais pas si l'écoute, ça se travaille, pour moi, c'est plus quelque chose qui se ressent. Par exemple, si je rencontre dans les couloirs un adulte qui me salue d'habitude et qui là ne le fait pas, je vais lui demander si ça va, qu'est-ce qui se passe. Et puis lui laisser la possibilité de dire certaines choses et de ne pas tout dire aussi, parce qu'elles le droit à leur vie privée. Une fois qu'elles sont rentrées au service habitat, qu'elles ont passé la journée à travailler, elles ont aussi envie qu'on leur laisse leur tranquilité. |
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