Entretiens avec le personnel soignant.

Jaqueline Collet. Florence Perchet. Denise Hanser. Alain Tamisier. Robert Camus. Blanche Janet. Antoine Bounader. Louisette Meier. Daniel Laage. Michel Mori. Sylvie Petit. Claude Lafarge.





































































































































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Antoine Bounader

L’écoute

Stéphane Gatti: Comment concevez-vous l’écoute aujourd’hui d’après votre expérience de psychologue?

Antoine Bounader : C’est une écoute plutôt objective. Certains disent “flottante ”. On ne retient que ce qui nous paraît le plus important. On ne se limite pas à écouter tout ce qui se dit. Il y a des choix de thèmes. Certains retiennent plus l’attention que d’autres en fonction de l’histoire du patient. On reste un petit peu à l’extérieur pour bien évaluer tout ce qui est dit et faire des interprétations, des analyses qui vont pousser petit à petit le patient à s’ouvrir à d’autres chemins de réflexion que ceux qu’il avait avant d’entamer cette démarche en vue d’une thérapie.

S.G : Autant l’écoute avec les enfants est centrée sur le relationnel avec une possibilité d’intervention à ce niveau-là, autant l’écoute avec les adultes se construit à partir de l’histoire de chacun. Qu’est-ce-que cela veut dire pour vous cette écoute de l’aventure individuelle ?

A.B : Cette écoute va nous mettre dans “ le bain de l’histoire de la personne ”. Nous apprendre les différentes étapes de sa vie jusqu’au moment où elle se présente. La façon dont elle présente cela de façon globale nous est également utile. Ensuite, nous arrivons à repérer les gros problèmes qui peuvent se poser. Petit à petit, nous arrivons à les résoudre. Tout est situé dans l’histoire personnelle du patient. Deux patients qui racontent une même histoire, un même problème ne le vivent pas de la même façon. Chacun le vit selon son histoire, selon son éducation, sa famille, ses parents, son travail.

La ville ouvrière

S.G : Quand on entend les récits, sent-on l’existence d’une ville ouvrière ?

A.B : Bien sûr qu’on la sent. Elle est présente dans la vie de tous les jours de la plupart de nos patients. La possibilité de revendiquer le statut d’ouvrier est présente chez les patients, beaucoup plus que dans d’autres villes qui sont, entre guillemets, plus privilégiées.

S.G : N’y a-t-il pas un imaginaire singulier lié à cette conscience ouvrière ?

A.B : Non. On est plus terre à terre. On est présent dans la vie de tous les jours. Avoir du boulot, pouvoir manger, faire ses courses. C’est bien plus terre à terre que des préoccupations d’ordre culturel. Les manifestations culturelles sont d’ailleurs beaucoup plus rares ici qu’ailleurs.

Le divan ou le fauteuil

A.B : Entre le divan et le fauteuil ? Avec le fauteuil, on est face à face. On peut voir les mimiques. On peut voir des réactions, si réactions il y a. On peut voir certaines moues qui peuvent se dessiner, des surprises tandis qu’en étant allongé, on ne voit rien. On est juste en face d’un mur et puis le thérapeute étant derrière, il y a une communication minimale… On ne sait pas ce qu’il fait, on ne connaît pas ses réactions. Certains préfèrent, d’autres ne le supportent pas. Pour beaucoup de patients que je vois, c’est important de pouvoir être en communication directe avec le faciès de celui qui les regarde, au lieu de regarder dans le vide ou un plafond et puis de parler.

Les changements des années 70

S.G : Vous êtes arrivé ici en 1974 au moment de la mise en place de la politique de secteur.

A.B : Cela venait de commencer. Cela n’était pas énorme à l’époque. Le travail de secteur était assez limité. A l’époque, il fallait surtout garder les patients hospitalisés puisque cela fonctionnait au prix de journée. Il fallait que l’argent entre pour pouvoir payer tout le monde. Cela s’est ouvert petit à petit. Il a fallu pas mal d’années avant que ne se mette en place un travail de secteur digne de ce nom. Ce n’est qu’à partir des années 80, je ne sais plus en quelle année exactement, qu’ils ont ouvert une antenne de l’hôpital à Langres. Avant, les patients faisaient plus de 120 kilomètres pour venir. Ce n’est qu’à partir de 1985-1986 qu’il y a eu des placements dans des familles ou des sorties de personnes qui vont vivre à l’extérieur dans des appartements protégés. On louait des appartements où l’on mettait plusieurs patients. On parle même d’appartements protégés avec une présence régulière d’infirmières sur place. Tout cela n’existait pas dans les années 70. Il était hors de question de le faire. En développant ce travail de secteur, on a fini par obtenir un C.N.P. de consultation à l’extérieur. Alors que pour certains, à l’époque, il était impensable de sortir des murs de l’hôpital.

S.G : Il y avait un certain empilement dans les années 70.

A.B : Tous les lits étaient occupés. Aujourd’hui, dans une unité de soin, il y a 15 à 30 lits. Ce n’est rien. A l’époque, il y avait 160 lits par service. Le nombre de personnel n’était pas non plus le même qu’aujourd’hui. Il y a eu une évolution. Aujourd’hui, le personnel est proportionnellement plus nombreux par rapport au nombre de patients.

A.B : Il a fallu faire sauter pas mal de verrous. Il y a eu des luttes. Il n’y a donc plus d’hospitalisation de longue durée. Les personnes sont suivies à l’extérieur par les psychiatres, les psychologues, les infirmiers pour certains. A la moindre alerte, on peut hospitaliser une semaine, revoir le traitement. Une fois l’humeur stabilisée, ils peuvent ressortir.

Les camisoles chimiques.

S.G : Dans les années 70, les personnes hospitalisées avaient une telle camisole chimique que pour entendre une parole, il fallait organiser des fenêtres thérapeutiques.

A.B : A partir de 1952, a été découvert le Largactyl qui a remplacé les camisoles de force. Petit à petit, certains patients ont été muselés par les médicaments. Le fait de la parole a pu libérer aussi certains patients. La prise de conscience a été faite et a été assez importante. Il y a même certains médecins qui exigent maintenant que leurs patients aillent voir un psychologue pour traiter un problème sous-jacent, alors que le patient n’a pas très envie de le faire. Certains patients viennent avec un doute sur la thérapie. Comment le fait de parler, d’être écouté peut-il faire avancer les choses ou régler certains problèmes ? Puis, petit à petit, ils sentent qu’il y a un léger mieux. C’est là qu’ils avancent et qu’ils comprennent qu’avec ce système là, on peut aller plus loin qu’avec uniquement les médicaments.

S.G : Pour qu’il y ait écoute, il faut qu’il y ait volonté de l’interlocuteur d’être écouté.

A.B : Une volonté, une démarche à faire, un respect de la démarche et de l’engagement vis à vis du thérapeute.

Le point bleu.

A.B : On a installé ce centre pour regrouper tous ceux qui ne voulaient plus aller dans les hôpitaux ou en milieu psychiatrique. Un besoin s’est fait ressentir au niveau de la polytoxicomanie et de l’alcoolisme qui sévissaient à Saint-Dizier. Il fallait bien créer quelque chose en dehors des structures existantes.

A.B : Un jeune quand il arrive ici et qu’il demande à bénéficier du programme “ produit de substitution ” dispose de tout sur place. Des médecins, des psychologues, des travailleurs sociaux, des assistantes sociales, des éducateurs spécialisés sont présents. Il y a une prise en charge complète. Le patient peut venir voir son médecin un jour. Le lendemain, une assistante sociale en cas de besoin ou de voir un autre médecin pour son hépatite C ou encore un psychologue pour poursuivre sa démarche.

A propos de l’alcoolisme et de l’usage des drogues

A.B :Cela a toujours existé, mais à une échelle beaucoup moins importante. Cela s’est accru parce qu’il y avait un taux de chômage assez important à Saint-Dizier. Des jeunes arrivaient sur le marché du travail, il n’y avait pas de travail. Il n’y avait rien, donc on zonait. On circulait puis avec les copains : “tiens, fais-toi un joint, tu verras la vie différemment, ça va te faire du bien”. Et puis cela démarrait souvent comme ça. Il est sûr que le stress dû à toutes ces difficultés socio-professionnelles ont fait que le nombre a augmenté sur Saint-Dizier. C’était devenu assez important, ce qui fait qu’il y a un nombre important de consultations ici. Ce n’est pas trois, quatre ou cinq cas. Cela se compte à plus de mille cas.





























































Retour en ville.L'affaire klapahouk.Sylvie Petit.