Le père de
Marie-Hélène
Mon père était
un homme de 1m 69, mince, des cheveux brun ébène
coiffés en arrière, le teint mat. Il portait un
béret noir et quelques années plus tôt la
casquette. Habillé toujours décontracté. Il
nous parlait toujours de lui et de son enfance et puis des
événements d'Algérie qui l'ont beaucoup
marqué.
Mon père
faisait des crises de paludisme, cela dépendait de
l'ambiance qui régnait dans une pièce, la chaleur.
Et puis la chaleur de l'été.
Mon père était
résinier, c'était d'extraire la résine du
pin. En faisant une fente dans l'arbre et disposer au dessous un
pot. Cela permet de faire de l'encaustique pour les meubles.
Et puis plus tard il
travaillait dans une ferme. Où il était à
faire bûcheron. Dès son adolescence il s'occupait de
traire les vaches et de les sortir. Il faisait aussi les foins
lorsque c'était la saison.
Il a commencé à
travailler en usine en 1961, la distillerie, il fabriquait de
l'eau de vie avec la râpe du raisin. Cette usine infectait
à des kilomètres à la ronde lorsque le temps
était à la pluie.
Maintenant je vais
vous parler de nous deux.
J'ai vu le jour à
Saulant Gironde, petite commune de dix maisons. La maison que mon
parrain louait à mes parents était petite. Je me
souviens la maison était en pierres de taille, peinte en
blanc. Nous vivions dans un deux pièces. Nous avons vécu
là six ans. A mes six ans, nous avons déménagé
à Chamadelle, à deux kilomètres. Nous
vivions dans un presbytère. J'allais à la messe et
au catéchisme. J'ai été enfant de choeur. Ma
chambre été condamnée à une porte qui
donnait dans la salle de catéchisme. Et l'église à
vingt mètres.
Papa était
aussi au comité des fêtes. J'allais danser avec ma
copine. Je raccompagnais ma mère et je revenais rejoindre
mon père.
J'avais un vélo
tout vert. Avec ce petit vélo j'allais avec papa au bois à
l'automne. Il m'a appris à faire des fagots de petites
branches que j'attachais avec du fil de fer ou de la ficelle. Et
l'été nous rentrions le bois. Et nous l'empilions.
Papa voulait que le bois soit bien aligné.
Avec lui je faisais
aussi le jardin. Papa était appelé à faire
les jardins après son travail. A faire des greffons sur
des arbres fruitiers. Cela consiste à couper une petite
bouture d'un arbre fruitier, et d'inciser l'arbre en le plantant
dans celui-ci avec un enduit noir dont je me souviens pas le nom.
Car j'étais trop jeune.
Nous
allions aussi à la pèche. Il m'a appris à
pêcher. Il me faisait faire des tours de barque. J'aimais
mieux la pèche à la barque, que de pêcher en
bordure de rivière. Il fallait pas faire de bruit.
Papa était
aussi chasseur. Il avait une palombière. Il m'a appris à
écouter la nature. Lorsque nous rentrions dans un bois, il
n'aimait pas que je parle. Donc je me taisais. Il me faisait voir
les oiseaux. Les écureuils. J'ai vu plusieurs fois des
biches avec leur petit faon. Les sangliers et les marcassins. Il
m'emmenait aussi aux ceps. La façon de cueillir un cep.
Papa était
aussi très strict pour l'école. Il me faisait faire
mes devoirs. Allait voir la maîtresse si quelque chose
n'allait pas.
Son autorité,
il savait taper. Je me souviens des raclées qu'il me
mettait. Il criait beaucoup plus qu'il ne tapait.
Je suis allée
deux fois à l'hôpital. Pour l'appendicite à
six ans , et les amygdales-végétations à dix
ans. Papa a été très attentionné. Il
s'occupait beaucoup de moi lorsque j'étais malade.
Il n'aimait pas me
voir mal coiffée.
La première
fois je me suis mis du rouge à lèvres que j'avais
pris à ma mère, j'avais dix ans, sa main a
virevolté sur mon visage. Il m'a fait comprendre qu'il
fallait que j'attende quelques années.
Nous faisions beaucoup
de ballades.
Maman lui a souvent
bourré le crâne à mon sujet.
Je ne parlerais pas
des moments les plus marquants.
J'avais vingt ans et
mon premier enfant, Cédric, deux ans et demi.
Papa était
devenu papy à mes dix-sept ans. J'étais maman. Papa
indifférent jusqu'à ce que je mette au monde son
petit fils. Il me fit la tête jusqu'à ce que Cédric
ait trois mois. Là, ce petit être lui fit un sourire
et le déclic. Il prit pour la première fois son
petit-fils dans ses bras, ce fut un moment très intense.
Je pris mon appareil photo et j'ai fait quelques clichés.
Je reviens à
mes vingt ans. Je n'ai pas fêté mon anniversaire.
Papa fut atteint d'une longue maladie qui le foudroya en six
mois.
Ces moments passés
avec lui pendant sa convalescence.
Je fus là du
jour de son opération où je le vis revenir
méconnaissable. Impossible de le reconnaître. Je fis
à deux fois pour entrer dans sa chambre. Je demandai à
une infirmière si cet homme était bien mon père.
Elle me répondit oui. Très bouleversée, je
ne dis rien pendant un long moment, je regardai tous les
appareils le maintenant à la vie. Et quelle vie ! Ce fut
des moments de douleur. Quelques mois après il m'avoua
qu'il m'aimait mais il ne le disait jamais. Il ne pouvait plus
regarder ma mère en face. Son regard envers elle était
dégoût et mépris. Le moment où il
devait nous quitter arriva. Le matin il m'appela doucement. Il me
dit : Je t'aime ma chérie. En milieu d'après-midi,
cela n'allait pas. Nous étions tous réunis. Je lui
tenais la main pour son passage dans l'au-delà. Je mis ma
tête sur son visage. Je sentis une larme couler. Il avait
peur de la mort, peur de me laisser. Je sentis son dernier
souffle sur mon visage. Et ce fut la fin. Lui allait rejoindre le
jardin des cieux. Et moi sa mémoire.
L'été
l'après-midi il faisait chaud c'était l'été
J'entendais le bruit
des planches
claquer les unes
contre les autres
je m'appuyais contre
le mur
mon père
sortait les scies et les rabots
les ficelles et le
goudron
qu'allait-il faire je
me demandais
il sortait le mètre
les crayons le niveau et les pointes
Il commençait à
prendre une planche et
traçait avec
précision les lignes sur toutes
ces planches
il prenait la scie et
commençait à découper
en faisant bien
attention à ne pas déborder
les traits
J'ai posé la
question
que vas-tu faire papa
? une barque me dit-il
Lorsque tout était
coupé
il se mit à
raboter tous les morceaux
à les assembler
avec précision il me demandait
de l'aider à
tenir les morceaux
Une fois la barque
terminée
il reste des fentes
dans lesquelles il met les ficelles
en dernier il mettait
le goudron en dessous de la barque
pour éviter
qu'elle ne prenne l'eau.
Chaque année
papa tuait cinq oies. A chaque saison entre novembre et décembre
nous gavions les oies avec un entonnoir et les graines.
Lorsqu'elles étaient bien grasses, papa tuait les oies.
Nous faisions chauffer de l'eau dans des grandes marmites pour
mieux les plumer. Papa sortait les tripes des oies avec un
crochet qu'il s'était fabriqué. Ensuite il coupait
le ventre de l'oie pour récupérer les foies bien
gras. Ensuite papa découpait les morceaux de l'oie.
Lorsque tous les morceaux d'oie étaient finis de découper,
dehors dans la cour, une grosse marmite en fonte chauffait. Nous
mettions les morceaux dans la grande marmite bien chaude. Nous
remuions les morceaux avec un gros bâton de bois que papa
avait fabriqué. Nous tournions tous les quarts d'heure les
morceaux. Le gras des oies fondait doucement et une délicieuse
odeur se répandait dans la nature. Papa faisait cuire ces
confits toute une après-midi dans la marmite à feu
doux, de 13h à 18h, il laissait refroidir deux heures la
marmite et il la rentrait dans la grange. La marmite était
couverte avec un couvercle de bois fin pour éviter que la
poussière vienne dessus la viande. Ensuite papa prenait
les bocaux et il disposait les morceaux avec leur gras dans les
bocaux dans deux lessiveuses de cent litres, sur le feu de bois,
pour stériliser les bocaux. Il les enveloppait dans des
vieux draps que l'on découpait, calés avec des
briques pour éviter que pendant l'ébullition les
bocaux se claquent les uns contre les autres.
Que faisait-il du foie
gras ? Il en vendait trois et en gardait deux. Un pour mon oncle,
et un pour nous. Il faisait cuire son foie gras dans une cocotte
en fonte sur la cuisinière au feu de bois. Il prenait le
foie et il le mettait dans la cocotte, il mettait le cidre, le
foie gras avec des truffes. Cuisson 1/2 heure à feu doux.
Les paumes des mains
de mon père étaient mates avec de la corne, c'était
dû au travail, elles étaient aussi râpeuses.
Elles pouvaient être douces lorsqu'il s'occupait de moi
quand j'étais malade.
Je vois mon père
lorsqu'il était énervé d'une journée
ou d'une mauvaise nouvelle. Sa main était crispée.
Il n'avait de cesse que de remonter et redescendre ses doigts le
long de sa paume de main.
Pour exprimer sa joie,
il se frottait les mains comme s'il se les lavait.
Ses mains tenaient sa
tête lorsqu'il était triste et qu'il réfléchissait.
Pour exprimer une
grande colère, il tapait du poing sur la table ou, des
fois, sa main était posée à plat.
Lorsqu'il me mettait
une gifle, je n'avais pas le temps de voir sa main car elle était
déjà sur mon visage.
Ses mains étaient
avec de la corne de tenir les outils car il faisait du bois ; le
jardinage, il faisait tout à la bêche. La
maçonnerie, lorsqu'il portait les brouettes de ciment et
autres. Et son travail à l'usine car il portait des sacs
de 100 kg. Cette usine était la distillerie de Coutras où
il fabriquait de l'eau de vie. Et ces camions à décharger
arrivaient deux fois par semaine. C'est pour ça que ses
mains étaient comme ça.
Je me souviens que ses
mains étaient chaudes et moites lorsqu'il était
malade.
Lorsque mon père
est parti dans l'autre monde, son teint mat avait disparu. Et ses
mains étaient si maigres et fragiles.
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Le
père de Maryline.
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