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...(...)... Mais on écrit aussi : Mon père est un père formidable. Mon père est un homme fort et plein de tendresse avec ses enfants. Mon père est l'individu auquel je fais le plus confiance dans ma vie. Ça se dit dans peu de choses, souvent. Des gestes ensemble. Des heures communes. Crayons taillés. Fruits épluchés. Bois fendu pour le feu. Pour ce qu'il a fait, les souvenirs qu'il m'a laissé, je tire mon chapeau. C'est dans la rue sur ses épaules à voir le monde de haut. C'est dans la rue, l'ami laissé en plan pour l'enfant - Je te laisse, je suis avec mon fils. C'est, de presque rien, se sentir enfant immense. Je suis assise à ses côtés. Nous regardons au loin. Nous sommes en pleine communion, nous n'avons pas besoin de parler. Le silence, comme par effraction, non plus murant chacun en lui même - mais à porte ouverte, on dirait. De ce mot-là : communion. Lui il prend le livre du Coran et moi je regardais ses mains.
Et puis il y a la passion partagée. Nous allions aussi à la pêche. Il m'a appris à pêcher. Nous faisions beaucoup de ballades. Dès l'âge de 9 ou 10 ans j'allais à la chasse avec mon père car c'est une passion que je partage avec lui. Chance, on dirait, de ces pays de rivières et forêts - pêche, chasse, et le muguet aussi, les champignons, tout ce qui se cueille, se ramasse, mûres et myrtilles. Apprentissage. Ces choses qu'on apprend sans même savoir. A regarder des heures. Celui qui construit une barque. Celui qui forge des balcons. Celui qui installe l'électricité. Celui qui fait des paniers. Celui qui égorge le mouton. Celui qui s'occupe des ruches. Celui qui fait chanter. Celui qui fait l'omelette aux oignons. Celui qui fait le cassoulet.
Et au bout de ces mots, c'est comme le trait d'une addition. Il a fait tout pour moi et moi je lui dois tout ce que j'ai : la politesse, la gentillesse, le bon coeur, l'intelligence. Tout cela qu'on essaie de dire d'un mot : Sacré papa ! Croyant en être quitte. Comme une autre manière de dire que "le père c'est sacré", de se tenir à ça, au moins, tant qu'on peut, et l'inquiétude alors que tout cela vole en éclats. Il faudrait que les pères... Sachant bien, au même moment, que l'énigme ne fait que se répéter. Moi-même, aujourd'hui je me vois comme lui et je me rends compte que je prendrai le même chemin que mon père, plein de choses qui iront avec moi sans que ma femme, mes enfants, ainsi que tout l'entourage le sachent, on me dira que je suis égoïste ou autre, mais c'est comme ça. Nous, nos pères - tous ces pères de mots inventés. De janvier à juin 2001. Michel Séonnet.
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