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Le père de Collins Every day I have some reflection about my father. Je connais mon père il est dans la situation mortelle en prison parce que dans la prison au Cameroun tout le monde est méchant. My reflection is about my father in prison, I know that is not fine there because every day in the prison four or five persons are dead. Je parle comme ça parce que je connais le Cameroun très bien , parce que au Cameroun dans la prison tous les jours deux ou cinq personnes sont mortes. And the government don't even care about what is going on. So that's what makes me to have some reflection. C'est ça que tout le jour je rêve toute la journée.
Mon père pour lui c'est business avec des voitures tout le temps, pour lui c'est business qu'il aime, il achète la voiture, après il vend, toute la vie ce business et son travail à la banque, et tout le monde à Limbé le connaît parce que lui c'est un homme du business. Il vient en Europe pour acheter des voitures, comme cinq ou six à chaque fois, et la voiture c'est Opel, Toyota, Patrol, Nissan, et pour mon père l'argent c'est tout ce qu'il veut pour sa vie. Et son frère lui a donné le nom de "homme de voitures".
Je me rappelle un jour que mon père il a un problème avec un voisin parce que une voisine elle a fait pipi juste à côté de notre maison et mon père il l'a arrêtée. Il a commencé à parler avec elle. C'est une jeune fille, moi je suis grand plus que elle, elle a 14 ans. Elle a commencé à parler mal avec mon père comme si mon père il a le même âge qu'elle. Mon père lui a donné une claque et cinq minutes après son frère est sorti de la maison pour taper mon père. C'est le jour où je vois que mon père il est fort.
J'étais avec mon père un jour au marché pour acheter mon cadeau de Noël. Il y a son ami qui l'appelle. "Monsieur N'Dang !". Et c'est moi qui l'ai entendu. Je fais comme si je n'avais pas entendu. Parce que je sais que si j'appelle mon père il va parler avec lui, et son ami je le déteste parce que pour lui c'est la bière, boire tous les jours, parce que je sais que si il appelle mon père comme ça c'est pour acheter de la bière, parce que mon père il ne boit pas mais il achète pour son ami. Et c'est pour ça que je refuse d'appeler mon père parce que je sais que si il part là-bas ils vont finir tout l'argent pour acheter la bière. J'ai dit à mon père : c'est moi ton fils que tu veux entendre, ou c'est lui ton ami, et il a choisi moi, et il m'a acheté mon cadeau et nous sommes partis ensemble.
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Groupe d'écriture du foyer de l'ASLO. On avait commencé à écrire à partir du poème d'André Breton : "Je sors... J'affronte..." - et c'était le terrain d'un combat, luttes, violences. Ceux qui viennent trouver accueil ici ont déjà eu route longue. Même s'ils sont nés à quelques rues de là. Et quand on parle du père c'est tout de suite un refus : - Moi, mon père, la dernière fois que je l'ai vu je lui ai cassé la figure. On se dit bien que s'il y avait eu présence et accompagnement du père, ils ne seraient peut-être pas là. Pourtant on continue. Ils écrivent. Certains ne font que passer. D'autres sont là presque à chaque fois. Et ceux qui n'écrivent même pas. S'assoient un moment. Repartent. Restent parfois au moment où, en début de séance, on lit les textes écrits la fois d'avant. Mots arrachés , souvent, à un mutisme que l'on sent de plomb. Ou à une prudence - il faudrait peut-être mieux que de tout cela on ne parle pas, ne parle plus. Sauf Simone qui écrit et écrit, comme si elle avait attendu ça. Et d'ailleurs plus d'une fois on remarque que ce sont les filles, les femmes. Même si à dire les détails, ça permet de passer à côté de ce qui a dû casser et rendre, malgré tout, la relation douloureuse. Travail - mon père était travailleur. Douleur - mon père c'est un homme qui a souffert dans la vie. Regrets - Si mon père était encore en vie, il ne m'aurait sûrement pas laissé dans mes ennuis. Le père de Alda Jamais je n'ai osé lui acheter quelque chose, même pas un journal qu'il pouvait lire quand il rentrait du travail et qu'il se glissait lentement de long en large le reste de la soirée sur son canapé préféré. Je le voyais ce petit homme aux yeux bleus, cheveux bouclés et le sourire tendre s'enfermer dans une certaine solitude qui le caractérisait. Et j'avais de plus en plus l'impression qu'il se faisait si mince qu'une quantité de gens passaient journellement à côté de lui sans le voir. J'ai honte d'écrire qu'il m'est souvent arrivé quand je m'approchais de lui, d'adopter le même pas que les autres, comme si j'avais ignoré sa présence. Avant d'écrire, j'étais très occupée à me l'imaginer, et mon effort était tel que j'étais couverte de sueur. Je me rappelle que je fus un peu aidée en pensant aux nombreuses promenades faites ensembles, aux rares mais sincères câlins, aux cadeaux faits surtout quand mes devoirs étaient bien faits et plein d'autres choses qui remontent à mon enfance. Et je voyais toujours là cet homme, mon père avec son long visage, et les lamentables poils de barbe qui avaient poussé dans l'ombre des joues et l'expression fermée de cette tête rejetée de travers en arrière. Mais il y avait encore tant d'autres choses qui faisaient partie de lui. La façon dont la veste ou le manteau laissaient voir le col, ce col bas qui formait un grand arc de cercle autour du cou tendu sans jamais le toucher; la cravate d'un noir verdâtre nouée lâchement tout autour; et le chapeau, un vieux feutre dur de forme haute qu'il portait surtout le dimanche. Je me rappelle un dimanche il avait mis une autre cravate, mais le même manteau que moi (ce qu'il m'avait acheté quand l'hiver approchait) et le même chapeau qui était sans nul doute celui du dimanche. La cravate portait un damier jaune et violet, le chapeau un ruban vert et le manteau couleur noire, avec des gros boutons, et beaucoup plus grand que le mien, sans doute. En se promenant je m'étais demandée qui donc parmi tous ces gens pressés aurait pu penser que c'était pour eux qu'il avait fait la toilette de sortie. J'entendais alors quelque chose en lui qui disait : "La presse", puis le redisait une deuxième fois. Et les gens à côté de moi se retournaient et cherchaient la voix. C'était exactement dans ces yeux-là dans lesquels j'avais vu mon image quand je me promenais avec lui. Ou bien c'étaient eux qui au fond d'une voiture fixaient sur moi un regard dont on avait peine à se dégager. Je savais maintenant qu'ils me comparaient alors à mon père. Mon Dieu, pensai-je soudain, ainsi donc mon père existe. Il y a des preuves de son existence. Pardonne-moi de les avoir toutes oubliées et de ne pas les avoir exigées. Quand l'hiver sera revenu, s'il me faut un nouveau manteau, que je le porte ainsi, aussi longtemps qu'il sera neuf. Ces mains, rugueuses et douces dans le même temps. Ces doigts, couleur noire, et blessés à l'endroit des pliures. C'est ces mains-là qui se sont occupées de moi avec attention. C'est de ces mains que j'ai reçu des cadeaux et des câlins plein de tendresse. C'est ces mains qui n'ont pas cessé de travailler même si l'âge commençait à lui rendre les choses moins possibles. Des fois je pensais qu'il serait mieux s'il n'avait pas de main tellement il les usait et les mal soignait, mais quand je les regardais je voyais là le symbole de l'amour aussi. Alors je prenais toujours sa main gauche dans les miennes et je la regardais pendant longtemps comme si je voulais compter toutes les nouvelles blessures de la journée. Puis je m'amusais en pressant sur les veines manifestement en vue, puis le silence. Sa main gauche ! Deux bonnes raisons pour l'observer si longtemps. Mon père est gaucher. Puis il y avait toujours dans l'annulaire une ligne blanche, plus claire que le reste de la main. L'absence de l'alliance. Jamais je ne lui avais posé la question, parce que chaque fois que je voyais ça, je me rappelais de la révolte de ma mère qui prenait ça comme manque de fidélité. Mais j'avais toujours un doute. Mon père n'était pas comme ça. J'étais sûre qu'il la gardait comme ses yeux, même si je ne l'ai jamais vue cette alliance sur lui. Parfois je jetais les yeux dans des différents endroits de la maison. Il y avait partout les "mains de mon père". Le bricolage, c'était son activité préférée. Tout toucher, même casser, puis réparer. Sacré papa ! Le souhait, on dirait, de rendre malgré tout témoignage. De sauver quelque chose : Dieu le jugera, j'espère que pour lui il le pardonnera. Chemin jusque là. Mon père avait un drôle de caractère, mais il était bon malgré tout. Le père, malgré tout. Comme si c'était écrire sur ce mot : "malgré tout". Michel Seonnet. |