Le père de Clément

Pendant mon enfance l'image de mon père était très difficile à supporter pour des raisons scolaires. Par exemple, quand je ramenais un bulletin scolaire pas très fameux. Quand je faisais des bêtises et que je recevais des coups de ceinture ou martinet.

Mais dans un sens, je savais que je devais subir toutes ces choses pour apprendre à marcher droit et à prendre mes responsabilités le plus vite possible.

Mon père me poussait toujours au niveau scolaire parce que le travail qu'il faisait à l'usine était très compliqué et fatiguant à supporter. Il nous a toujours suivi de près, à nous dire : “ Travaille à l'école c'est pour toi plus tard ”.

Un jour mon père prit le temps de me parler de son enfance. Ce qu'il a vécu chez ses parents lorsqu'ils n'avaient pas assez d'argent pour lui payer des manuels scolaires et que, s'il ne voulait pas travailler à l'école, qu'il aille travailler à couper la canne à sucre ou ramasser la merde de poule. Lorsque ses chaussures étaient déchirées, ils n'en rachetaient pas s'il travaillait mal à l'école.

Mon père a commencé à travailler à 18 ans, ayant obtenu le CAP, il ne réussit pas à trouver du travail dans son pays natal. Pour vivre convenablement dans ce pays il faut être au moins fonctionnaire car un ouvrier ne vit pas très bien quand il faut payer le loyer, l'électricité, le téléphone.

Puis un beau jour, mon père décida de venir chercher du travail en France. C'est en lisant la presse métropolitaine qu'il vit des annonces diverses : stage, offre d'emploi.

Mon père allait s'inscrire au centre AFPA de Saint-Dizier y préparer un CAP de plomberie qui se déroula pendant une période de six mois.

Quand il quitta la Réunion pour venir en France, mon père n'avait pas de famille pour l'aider dans ses projets.

Pour l'hébergement, il logea au Foyer de jeunes travailleurs en attendant de trouver un appartement.

Mon père fait la pire bêtise de sa vie en sortant beaucoup avec ses copains en boite de nuit pendant son stage. Une fois l'examen du CAP de plomberie, il échoua aux épreuves. Il n'avait pas le niveau requis pour avoir son examen. Il pointa à l'ANPE tout de même en restant au chômage pendant un mois.

Un mois plus tard, une entreprise, Hachette et Driout, le contacta pour venir travailler au service ébarbage pour une période d'essai de deux mois. Comme il travaillait assez bien le patron proposa une embauche définitive. Le patron lui donna ses horaires, 3 heures du matin jusqu'à 1 heure de l'après-midi.

Au début de son contrat, mon père travaillait de journée et même parfois la nuit. Ce qui était moins fatiguant par rapport à maintenant.

Quand je vois mon père partir pour aller travailler chez Hachette et Driout, je sais ce qui l'attend, c'est d'aller meuler les pièces dans la poussière intense à longueur de journée.

J'ai toujours dit à mon père que je n'irai jamais travailler chez Hachette et Driout car les chefs nous surveillent sans arrêt. C'est aussi une entreprise où la paie augmente peu pour le nombre d'heures qu'on y passe.

Mon père a vu dès le jour de sa naissance le paysage de l'Île de la Réunion, il a découvert les différents coins de l'île. Le Barachois, où l'on peut déguster les différents plats cuisinés prêts-à-emporter : samoussas, bouchons, bonbons-piments. A son arrivée en France, il découvrit des coins magnifiques comme la Côte d'Azur, la Bretagne, ainsi que la montagne comme le Mont-Blanc. Il aimait voyager vers d'autres coins afin de s'éloigner du Vert-Bois pour quelques jours. Auparavant il nous arrivait même de trouver un camping pour y séjourner plusieurs semaines et y admirer le paysage.

Je vois la photo de mon père en train de me prendre en photo sur la plage de l'Île de la Réunion en 1988. Il adorait me prendre en photo quand je nageais dans la mer bleue de l'océan indien.

Il aimait aussi me prendre en photo quand je me faisais bronzer sur le sable chaud de l'océan.

Il savait parfaitement qu'il me payait des vacances pour me faire découvrir le paysage.

Il me prenait en photo quand on se rassemblait tous à table pour y déguster le riz parfumé avec un bon poulet bien assaisonné, lorsque l'on s'amusait entre amis à danser le sega danse populaire de l'Île de la Réunion.

Dès son plus jeune âge, les parents de mon père lui ont appris à faire le ménage, les saveurs des plats de la cuisine réunionnaise à déguster avec plaisir, comme lui apprendre à faire du riz parfumé, de la viande munie d'épices nécessaires à la cuisson, ainsi que certaines boissons alcoolisées comme le punch. Il apprit aussi à bricoler certaines choses afin d'éviter de les ramener en réparation. Il a appris aussi à frapper ses enfants à l'aide d'un ceinturon lorsque l'on faisait des bêtises, quand on ramenait des mauvaises notes de l'école. Aujourd'hui, je pense que toutes les choses que mon père m'a apprises m'ont permis de savoir faire des choses grâce à mon père. Car maintenant c'est moi qui essaie de reprendre la relève, à être autonome, responsable, au lieu de compter sur les parents.

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