... ( ... ) ... La plupart des dessins ont été réalisés par un garçon placé dans un hôpital à l'âge de deux ans et demi. Il ne disait jamais un mot. Un jour une infirmière lui a donné une boîte de crayons de couleurs: il s'est mis à dessiner tous les jours de 10 heures à midi, puis de 14 à 17 heures. Aujourd'hui, il a quarante ans et a été placé en famille d'accueil.
Emilien Je rêverais de partir en croisière sur un voilier, voir la mer bleue calme, et voir les dauphins. Mon combat, c'est défendre les plus faibles contre ceux qui les embêtent, faut s'expliquer, dire ce qui ne va pas. S.I.P. de l'I.M.E.
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Chapitre I La mobilisation 9 novembre 1914 - 30 avril 1915 Le 31 juillet 1914, je travaillais à Hambers. La situation, très tendue en raison des événements survenus dans le courant de la semaine, ultimatum de l'Autriche à la Serbie, mobilisation de la Russie, laissait prévoir un dénouement tragique mais jusquau dernier moment, chacun espérait que tout s'arrangerait ; hélas ! il fallut déchanter. Vers les quatre heures de l'après-midi j'attendais, en compagnie du notaire, M. Roussel, les journaux qui, passant par Bais n'arrivaient que le soir dans ce pays perdu. Le service était assuré par un jeune facteur qui, entre autres qualités avait celle de fêter quelque peu la dive bouteille ; il était en retard et nous commencions à maugréer quand enfin il arriva, poudreux, (il avait fait une chute en cours de route !) et légèrement ému. En l'examinant, nous vîmes quil avait des pleurs dans les yeux et l'air tout bouleversé. La guerre est déclarée , fit-il, comme nous n'ajoutions que peu de foi à ses dires, vu son état tangent, il reprît : Ah ! vous ne voulez pas me croire, eh bien ! vous allez voir, le tocsin sonne à Bais et il y a un gendarme à cinq minutes derrière moi qui apporte les affiches de mobilisation!. Il disait vrai, bientôt parut, en effet, le gendarme en question qui fila droit chez le Maire, puis revint au presbytère et f¦t sonner le tocsin... C'était la Guerre ! La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et bientôt tout le pays fut en émoi, ouvriers, paysans abandonnaient leurs travaux, atterrés: le ciel, lui aussi, semblait s'être mis à l'unisson ; poussés par l'orage tout proche de gros nuages lourds, noirâtres, avaient un aspect sinistre : le tocsin, égrenant dans l'espace ses notes lugubres, ajoutait encore par sa tristesse, à la gravité du moment. Mon travail étant terminé je pliai bagage et revins à bicyclette à Jublains ; c'était le même tableau, devant les affiches fraîchement posées, des groupes s'étaient formés ; le premier moment de stupeur passé, on commençait à discuter, plus froidement et dans tous les groupes on percevait nettement la même phrase : Eh bien ! puisqu'il faut y aller, on ira, mais qu'on en finisse une bonne fois pour toutes ! Simple auxiliaire d'artillerie, je n'avais pas, comme mes camarades, l'honneur de courir immédiatement à la frontière et si mon enthousiasme égalait le leur, il était gâté en grande partie par ce regret de ne pouvoir parler avec eux. Bien que sachant parfaitement à quoi m'en tenir d'après mon fascicule de mobilisation, lequel m'indiquait que je ne serais mobilisé que sur ordre spécial, je fus ce dimanche ler août trouver le Commandant du bureau de recrutement de Mayenne pour tâcher d'obtenir quelques renseignements sur la date probable à laquelle je serais appelé. Celui-ci me répondit : Prenez patience, quand nous aurons besoin de vous nous saurons bien vous appeler. C'était bien vague et... insuffisant pour me consoler, enfin, il n'y avait qu'à s'incliner. Le matin du 2 août je tins à accompagner mes amis à la gare de Neau où devait avoir lieu leur embarquement. Je les vois encore : Alfred Débormaire, Raoul Gallais, Marcel Pervis, Valentin Ray, Auguste Ervrault, etc, tous mes amis d'enfance, camarades de classe et de conscription, me dire en me serrant la main : Au revoir, Georges, dans trois mois nous serons de retour. Quelle illusion ! Si quelqu'un leur avait dit à ce moment qu'ils partaient pour plus de quatre ans, il lui aurait certainement ri au nez, et cependant les quatre ans sont passés, et la guerre dure encore... Je revins en voiture avec François Bouglé qui, lui, n'étant mobilisé que le 3e jour, ne devait rejoindre que le lendemain le 130e à Mayenne. Je me souviens qu'en cours de route me montrant du bout de son fouet la récolte qui s'annonçait belle, les pommiers chargés de fruits, il me dit : Regarde, tout s'annonçait bien pour cette année, nous ne demandions qu'à vivre en travaillant et, au lieu de cela, il nous faut aller risquer notre vie sans trop savoir pourquoi. Bah ! fit-il en faisant claquer son fouet, dans trois mois nous serons de retour ! . Le malheureux !... I1 ne se doutait pas que, juste un mois plus tard, à Spincourt (Meuse) il tomberait, mortellement atteint par un obus allemand. Puis vinrent les premiers communiqués relatant nos premiers succès, l'entrée des troupes françaises à Mulhouse, ... L'enthousiasme était débordant, nous croyions tous à la fin prochaine de la guerre, et au fond de moi-même je déplorais presque qu'elle se terminât sans que je puisse y prendre part mais, vers la fin d'août, la Victoire changea de camp. Les Allemands violant la neutralité de la Belgique avaient franchi la frontière par le Nord et, obligeant l'aile gauche de notre Armée, dont l'aile droite était fort heureusement appuyée au camp retranché de Verdun, s'avançaient à marches forcées sur Paris s'en approchant à moins de quarante kilomètres Ce fut un moment critique, le peuple entier, frémissant, sentait qu'une partie décisive allait s'engager. Enfin les 6, 7 et 8 septembre ce furent de nouveau des bulletins de victoire, la bataille de l'Ourcq, la manuvre habile de Maunoury jetant l'Armée de Paris sur le flanc droit de l'ennemi, l'arrêtant net dans son avance, le général Foch rendant compte au générallissime Joffre : Je suis débordé à droite, débordé à gauche, je fonce au centre et enfonçant les lignes ennemies, Paris dégagé, la France sauvée, la retraite des Allemands sur l'Aisne ; puis ce fut la stabilisation, la guerre de tranchées fit son apparition, cette guerre d'embuches et de mines qui devait durer plus de quatre ans. Après la perturbation inévitable causée par tous ces événements, je repris mon travail habituel jusqu'au jour où, enfin ! je reçus une feuille de convocation m'invitant à me présenter devant une Commission de réforme siégeant à Mayenne le 9 novembre. Au jour dit je me présentai et conformément à mon plus vif désir, je fus reconnu bon pour le service armé infanterie . J'étais content, j'allais donc pouvoir, moi aussi, prendre place parmi les combattants et, de cette façon, me hausser à leur niveau. Trois semaines plus tard, le I er xbre, je me présentai à la caserne Mayran du 130e à Mayenne où j'étais affecté. Après les formalités d'usage, on me fit redescendre en ville et jusqu'à 4 h je cantonnai rue des Pescheries ; nous faisions quelquefois l'exercice sur la place de la Mairie et, comme on nous avait affublés, pour tout uniforme, d'un bourgeron de toile et d'un pantalon de treillis le tout couronné d'un bonnet de police douteux, c'était vraiment un spectacle comique de nous voir dans cet accoutrement (ajusté comme chacun sait !) exécuter les différents mouvements commandés par l'instructeur, on nous aurait facilement pris pour une bande de Pierrots faisant des cabrioles sur les planches d'un théatre, sauf la figure que nous n'avions pas enfarinée, sans quoi l'illusion eut été complète ! La garnison de Mayenne commençant à se désencombrer par suite des renforts envoyés sur le front, nous remontames à la caserne où l'on nous habilla cette fois, les uns en drap, les autres en velours, en tout cas d'une façon moins grotesque que celle du début. Vers la mi-janvier, comme on demandait au rapport s'il y avait parmi les réservistes, des volontaires désirant suivre le peloton des élèves caporaux, je me fis inscrire et depuis ce jour, je fis partie du peloton des bleus de la classe 15 arrivés depuis un mois. Inutile de dire si l'on nous faisait manuvrer sec, j'y apportai toute ma bonne volonté, voulant passer caporal d'abord, ensuite parce que les permissions du dimanche et de 24 heures étaient subordonnées au nombre de points obtenus dans le courant de la semaine, tant pour la théorie que pour l'exercice... Pendant deux mois et demi je me rassasiai (et au delà!) de théorie, école du soldat, de section, marches d'entraînement, marches-manuvres dans les environs, du côté d'Ambrières par exemple, et enfin de tirs à Guelintin, en un mot, tout le programme qu'ont à remplir les bleus quand ils arrivent à la caserne. Le 3 avril 1915, embarquement pour Domfront où nous devions compléter notre entraînement ; ce que nous en avons fait de ces kilomètres sac au dos, tenue de campagne complète, heureusement que nous n'y sommes pas restés longtemps, il y avait de quoi en devenir fourbu. Nous allions souvent dans la forêt d'Audaine exécuter des tirs au Lebel, nous couchant dans les trous à cinquante mètres des cibles pour nous faire les oreilles au sifflement des balles, mais finalement cette vie de caserne commençait à me peser, la belle saison était venue et je commençais à aspirer au départ sur le front. Mon désir allait bientôt être exaucé. Le 20 avril, retour à Mayenne par chemin de fer ; à peine étais-je débarqué que j'apprenais, coup sur coup, et mon prochain départ pour le front et ma nomination de caporal avec le n° 6 comme classement du peloton. Cantonné au champ de foire, à l'hôtel Véron, je montai à la caserne l'après-midi pour me faire habiller de bleu horizon et faire coudre mes galons. Le soir, après la soupe, j'obtins sans peine une permission de la nuit qui me permit de pousser jusqu'à Jublains, montrer à mes parents mes sardines neuves et leur annoncer mon départ. Avec la moitié environ des bleus de la classe 15 et l'autre moitié composée de soldats blessés, puis guéris et aptes au retour sur le front, nous formâmes le 9e Bataillon de Marche du 124e, et le sort me désigna pour être affecté à la 36e Cie de ce Bataillon, commandée par le lieutenant Robo, officier de haute valeur qui, appartenant à la marine marchande, avait trouvé le métier trop monotone et avait opté pour l'Infanterie. La semaine qui suivit fut employée à compléter notre équipement, vivres de réserve et munitions. Le 29 au matin arriva l'ordre de nous tenir prêts à partir le soir même. Mon père prévenu, vint m'offrir à déjeuner à l'hôtel Véron. Le repas fut plutôt triste, nous parlions de la guerre, naturellement, et malgré ses paroles enjouées, enjouement de commande, cela va de soi, je devinais sans peine les pensées qu'il roulait dans sa tête ; j'étais le troisième de la famille à partir au feu, mon frère et mon beau-frère étant au front depuis le début, combien en reverrait-il ? Que nous réservait l'avenir ? Mystère. Je ne pouvais me rassasier de regarder ce visage aimé en pensant que si moi, le Jeune, j'allais avoir à affronter des périls et des souffrances sans nombre, lui, l'Ancien, ainsi que ma mère souffriraient aussi à leur façon dans l'angoisse des longues semaines sans nouvelles, dans l'inquiétude aussi des lendemains de combats... C'était la guerre ! Le soir, la clique du 130e nous conduisit à la gare et... en route pour le front !... |
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COQS DE BRUYÈRE Coqs de bruyère... et seront-ce coquetteries de péril ou de casques couleur de quetsche? Oh! surtout qu'elle fripe un gant de suède chaud soutenant quels feux de Bengale gâteries ! Au Tyrol, quand les bois se foncent, de tout l'être abdiquant un destin digne, au plus, de chromos savoureux, mon remords : sa rudesse, des maux, je dégage les capucines de sa lettre. André Breton in Clair de Terre.
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