Le temps d’une ville (suite)

On sent bien que c’est un monde qui s’en va. Un monde qui passe. On sait bien que ce n’est pas la première fois. Que c’est déjà arrivé dans l’histoire des hommes. Mais pour nous qui vivons cela aujourd’hui, ce sera toujours une seule fois, cette fois.

C’est sans doute pour cela que tant d’incertitude nous terrifie.


Je suis allé sur le site Cochry. Comme à vouloir y trouver réponse à l’énigme de la ville. Comme si c’était un monument involontaire. Une plaie que l’impossible réutilisation du lieu (à cause de la pollution du sol) rendait désormais ineffaçable.

Des mésanges ont voulu me chasser. Elles s’élançaient à grands cris du haut des corniches où elles étaient en train de nicher. Elles voulaient me faire peur.

On m’avait dit que les jeunes qui “squattent” le lieu ont même tactique. Je ne les ai pas rencontrés.

Jachère contaminée.

La vocation du site est de rester blessure.

Dans dix ans, ça ira mieux, disent les optimistes.

On dit aussi cela aux jeunes qui traînent dans la friche. Qui l’occupent. S’y terrent.

Génération sacrifiée. Ça ira mieux pour la prochaine !

Mais en attendant, que faire de cette jeunesse en trop ?


Usines abandonnées.

Jeunes oubliés.

Les deux images se superposent.

Jusqu’à saturer toute possibilité de voir autre chose.


D’autant que la classe ouvrière elle aussi est au bord du tombeau.

Non seulement parce que le travail automatisé et la délocalisation des entreprises la réduisent comme peau de chagrin. Mais parce que, fragilisée, tel un corps malade, affaibli, elle a du mal à résister aux attaques virales. Et tout ce qui la fit solidaire et combattante finit par s’effriter.

L’ennemi, ce n’est plus le patron - c’est l’étranger.

A la lutte de classe, se substitue insidieusement une sorte de lutte de races.

La défaite des esprits après celle des corps ?

Michel Seonnet.


Ce qui résiste.Les biches du colonelLe Projet "Ouvrier"Retour en ville.

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