|
|
|
---|---|---|
|
|
Avec les mineurs
On m'a habillé en mineur de pied en cap, pantalon et veste de toile bleue, foulard, bottes de caoutchouc et casque. Sur le devant de ce casque est fixé un petit projecteur à deux ampoules (on choisit code ou phares , si l'on peut dire), relié à une batterie que l'on porte accrochée à la ceinture. Ainsi, où que l'on regarde, on est précédé d'un pinceau lumineux qui est le bienvenu ô combien! dans cette obscurité que trouble seulement, de loin en loin, une petite lampe jaunâtre. Pour circuler à l'intérieur de la mine, il ne faut pas être manchot ! On dérape dans la boue, on se cogne la tête, les épaules, les tibias contre des poteaux de mine, des wagonnets, des conduites, qui sont demeurés en dehors du faisceau de la lampe. Le chef de chantier, piqueur, est aidé par un aide-piqueur et un chargeur. Le piqueur perce, à l'aide d'un fleuret hélicoïdal* fonctionnant à l'air comprimé, une vingtaine de trous (longs de deux mètres environ) dans le front d'abattage (c'est l'endroit où l'on attaque la roche, composée principalement de charbon). On enfonce dans ces trous un explosif auquel on met le feu.... L'explosion fait s'effondrer une masse de charbon que l'on charge à la pelle, en blocs de grosseur inégale, sur un couloir oscillant . Celui-ci, qui est métallique et mû par l'air comprimé, est agité d'un va-et-vient continu; il avance doucement, puis recule brusquement : le charbon, par inertie, reste en place lors de ce recul alors qu'il progresse lors du mouvement en avant du couloir. Il s'éloigne ainsi par saccades de l'endroit où il a mis des millénaires à se former. JEAN FONDIN. Tintin-Actualités (n° 360; Dargaud). |