Dessiner et écrire “ Ouvrier ”

Hypothèses de recherche pour les écoles de la région de Saint-Dizier



Le projet 2002 de l’association L’Entre-Tenir s’organise autour d’un texte principal : “ Les ouvriers ”. Il s’agit en fait du chapitre 16 du Livre rouge d’Esquirol, un livre d’école publié en 1957. C’est à partir de cette superbe “ leçon de choses ”, qui détaille avec minutie les différents aspects de la vie des “ ouvriers ”, que nous proposons aux professeurs et élèves des écoles primaires de la circonscription de Saint-Dizier un travail d’écriture et de création plastique. Les travaux réalisés au cours des mois à venir et au début de la prochaine année scolaire seront exposés à la mi-octobre 2002, à l’occasion de “ Lire en fête ”.



“ Ouvrier ”, un mot en friche


“ Au commencement était le Verbe… ”, nommer c’est appeler à l’existence. On ne voit et on ne se représente vraiment que ce que l’on sait nommer. La texture du monde est faite de mots qu’à travers nos pensées, nos paroles, nos écritures nous tramons ensemble. Qu’un mot vienne à nous manquer et c’est un peu de la réalité qu’il dénotait qui s’évapore. Il y a comme un contraste entre la profusion de détails, d’images et de mots que peut nous fournir sur les ouvriers un livre d’école de 1957, et le silence qui entoure de nos jours l’existence de ces derniers. Ce silence se traduit d’abord par la disparition progressive du langage commun du nom “ ouvrier ” au profit de toute une série de néologismes : “ opérateur ”, “ agent de production ”, “ agent de maintenance ”, “ moniteur ”, des termes qui hélas n’évoquent pas grand chose. Comment décrire alors aux enfants d’aujourd’hui la vie de ces gens, proches ou lointains, qui, quotidiennement, vont travailler dans les fonderies, les constructions aéronautiques, les chantiers navals, les usines automobiles, dans tous ces centres industriels dont est encore parsemée la France ? Comment leur expliquer l’origine des objets qui les entourent, le trajet de la matière première au produit de consommation ? Comment leur faire comprendre que les maths et les sciences physiques ça n’est pas seulement des “ trucs ” abstraits, que ça s’incarne aussi dans des mécanismes, des machines, des processus et… des usines ? Peut-être, justement, en se réappropriant “ ouvrier ”, un mot laissé à l’abandon, un mot en friche, dont les correspondances, les résonances, les échos ne demandent qu’à être réactivés.


Dresser le portrait d’un personnage, esquisser un paysage…


Peu importe les raisons, les ouvriers et leur travail sont devenus invisibles dans la société des “ nouvelles technologies ”, de la “ nouvelle économie ”... Au point de départ du projet 2002, une énigme donc : la disparition d’“ Ouvrier ”. Nous vous proposons de vous associer à notre enquête imaginaire. Retrouver “ Ouvrier ” suppose d’adopter la démarche du détective, de l’ethnologue ou de l’archéologue, de traquer les traces, indices et empreintes laissés par ce personnage, quitte à les inventer. A travers tous les éléments qui témoignent dans le pays Bragard de son existence passée, présente et future, un monde se dessine. D’est en ouest, l’implantation des usines épouse le tracé sinueux de la Marne, elle participe avec les “ voyottes ”, les potagers ouvriers et les quartiers des anciennes forges (Le Clos Mortier, Marnaval), à la configuration concrète d’un “ paysage ouvrier ”. Il s’agit donc non seulement de dresser un portrait imaginaire de l’Ouvrier mais aussi d’esquisser la scène, le paysage où il prend place et s’active.


Un paysage ?… Le terme apparaît pour la première fois dans la langue française au 16ème siècle. Il désigne alors le “ tableau d’un pays ”. C’est donc avant tout une notion optique ayant un rapport direct avec le dessin et surtout la peinture, celle du Quattrocento (Renaissance italienne). Il n’y a pas de paysage en soi, un paysage renvoie toujours à un observateur, que ce soit la vision du peintre ou la contemplation du spectateur. “ Le paysage c’est l’aspect des lieux, c’est le coup d’œil, c’est une distance que l’on prend par rapport à sa vision quotidienne de l’espace ” (in Court traité du paysage, A. Roger). Tout lieu peut ainsi devenir paysage, y compris les lieux les plus urbains ou les plus industriels, il suffit de s’inventer un autre regard, de décaler sa vision. Esquisser un paysage ouvrier à Saint-Dizier et dans la vallée de la Marne c’est savoir jouir des plus petits détails, de la matérialité phénoménale de la ville : un panache de fumée, des toits en lame de scie, des plaques de rouille, des régiments de tracteurs rouges sur un parking de livraison, des cônes de ferraille, les ombres portées par des cheminées longilignes, le défilé depuis la fenêtre d’un “ corail ” des logos d’entreprises…


Pistes de création


Chaque classe pourra choisir de travailler, c’est à dire d’écrire, de dessiner, de peindre ou de bricoler, sur un des thèmes suivants. A partir de chaque thème, un élève pourra choisir un élément. A l’intérieur du thème du costume, ce sera par exemple les couvre-chefs :

  • Le personnage “ Ouvrier ” (nom générique, désigne indifféremment l’homme ou la femme) : son caractère, ses occupations, son portrait physique, ses photos de famille…

  • Le costume de l’“ Ouvrier ” ou de l’“ Ouvrière ” : la robe, les jean’s, la salopette, le nœud papillon, le châle, les habits du dimanche et des jours de fête…

  • Son habitation : le petit pavillon, la résidence ombragée, le HLM, le foyer de jeunes travailleurs ; avec ses meubles et les menus objets du quotidien…

  • Son potager : les salades, les légumes, les arbres fruitiers, le petit rang de vigne, les recettes de cuisine…

  • Ses outils et machines : la scie électrique, la découpe laser, le burin, le pointeau, le pont roulant, le chariot élévateur…

  • Les objets qu’il fabrique : les blocs moteurs, les fontes d’ornements et de voirie qui balisent nos villes, les microprocesseurs qui “ boost ” nos ordinateurs…

  • Les lieux où il travaille : la tréfilerie, le laminoir, la centrale électrique, les chantiers navals, …


Une autre piste : raviver les correspondances du mot “ ouvrier ”, cela peut également passer par des correspondances postales, des circuits de lettres, à travers la ville et sa circonscription, entre des élèves et des ouvriers(ières). Une rencontre entre ces correspondants pourrait être organisée dans des lieux et selon des modalités à définir…


L’Entre-Tenir est accueillie dans le pavillon Esquirol par l’hôpital André Breton.

Pavillon Esquirol

1 Carrefour Henri Rollin

52 100 Saint-Dizier

03 25 06 97 32 ou ENTRE-TENIR2@wanadoo.fr

Site Internet : http://entretenir.free.fr/ouvrier

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