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On est des ouvriers. On na pas, il est vrai le teint frais, la peau fine Et beaucoup dentre nous ne paient pas trop de mine, On na pas des habits sortant du grand faiseur Le chapeau dernier chic shampoing chez le raseur, Souliers américains, fleur à la boutonnière Nous ne savons marcher en faisant des manières, Mais nous avons des bras puissants et vigoureux Et nous sentons en nous un beau sang généreux Que nont pas les fêtards, les blasés de la vie, Que nous méprisons plus, quils ne nous font envie, On na pas, il est vrai de palais, de châteaux De tours, ni de pignons, clochetons, chapiteaux De lits en courtines de brocarts, de soieries, Ni de parcs, ni de bois, de champs ni de prairies Les tapis dOrient sont pour nous inconnus, Nous navons de tableaux sur nos murs bien trop nus, Mais, nous rentrons heureux dans notre maisonnette, Votre bon appétit fait bientôt table nette Puis le corps tout brisé, nous nous jetons bien las Et rêvons de bonheur sur un dur matelas. On na pas, il est vrai, de Vénus joliettes Dont le corps saturé de parfum de violettes Est plus blanc que colombe et couvert de bijoux De diamants et de fard ! De ces coûteux joujoux Qui détaillent lamour comme on vend du fromage, Leur baiser coûte un Louis, peut-être davantage ! Mais, nous avons la femme attentive aux besoins, Qui de nous, des enfants, sait prendre toujours soin, Compatit à nos maux, partage nos misères Et malgré les tourments veut être souvent mère. On na pas, il est vrai pour parler le talent, De ces gens de barreau. Nous sommes bras ballants, Quand il faut réfuter la moindre théorie Les mots ne viennent pas pour quelque causerie, Ayant quitter lécole au moment de savoir Pour aller au fourneau, dans latelier bien noir, Le cerveau sobscurcit et devient réfractaire, Et de peur de mal dire on aime mieux se taire. Mais, nous avons un cur, et quand on fait du bien A nous, à nos enfants, nous sentons oh combien ! Battre ce pauvre cur plein de reconnaissance Et, nous ne le disons, nayant pas léloquence Mais, sil fallait un jour pour eux se sacrifier On se mettrait à luvre On est des Ouvriers !
Fernand Maugery |
Fernand Maugery dit "Tintin Baladin", travaillait comme employé aux imprimeries Brulliard, qui imprimaient entre autres le journal "La Liberté". En plus de son activité de chansonnier, Fernand Maugery éditait une feuille humoristique sur la vie des imprimeries Brulliard et du personnel qui y travaillait. |